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Léo Malet



Poète et romancier français (Montpellier 1909).

La notoriété de l'auteur de la série des Nouveaux Mystères de Paris, qui lui a valu d'être considéré comme le maître du roman noir français contemporain, a parfois conduit à une regretable méconnaissance de son œuvre poétique, qui compte pourtant parmi les plus brillante que le surréalisme ait suscitées.

Orphelin à l'âge de trois ans, Léo Malet est venu en 1925 à Paris, où il s'est lié avec les milieux anarchistes. Vivant d'expédients, il tentera alors une carrière de chansonnier. Mais c'est la rencontre d'André Breton, en 1931, qui devait décider de son orientation. Intégré au groupe surréaliste, il participera à de nombreuses manifestations artistiques, politiques et littéraires, publiant en 1936 son premier recueil de poèmes, Ne pas voir plus loin que le bout de son sexe , suivi en 1937 par J'arbre comme cadavre , puis, en 1940, par Hurle à la vie .

Utilisant les procédés favoris du surréalisme, notamment l'écriture automatique et le fétichisme, Léo Malet a révélé dans sa poésie un tempérament profondément romantique, servi par un style au lyrisme baudelairien : la double obsession de l'amour et de la mort constitue, en effet, la trame de ses poèmes nourris d'images crépusculaires et somptueuses. L'ensemble de sa production poétique a été réuni en 1983 sous le titre de Poèmes surrealistes .

Emprisonné en mai 1940 pour "atteinte à la sûreté de l'Etat" en raison de ses liens avec la gauche pacifiste et révolutionnaire, Léo Malet sera libéré peu avant l'armistice, puis arrêté par méprise par les Allemands. Conduit dans un camp de prisonniers de guerre en Allemagne, il sera toutefois libéré en 1941, pour raisons de santé.

De retour à Paris et sans ressources, il entame une carrière d'auteur de romans policiers en publiant, sous des pseudonymes anglo-saxons tel que Frank Harding ou Léo Latimer, des thrillers dont l'action, située en Amérique, dénote un sens remarquable du récit et de l'atmosphère.

Mais c'est en 1943 qu'il donne toute la mesure de son talent romanesque avec 120, rue de la Gare , qui consacre la naissance de Nestor Burma, un détective privé dont l'individualisme farouche, curieusement associé à une très grande générosité, procède d'une vision pessimiste de la condition humaine. Nestor Burma sera dès lors le héros d'une trentaine de romans noirs, depuis Nestor Burma contre C.Q.F.D. (1945) jusqu'à Nestor Burma court la poupée (1971). Dans cette production abondante, il convient de distinguer la série des Nouveaux Mystères de Paris, dont chaque volume est situé dans un arrondissement différent.

Peintre inspiré de la capitale, Léo Malet atteint à une puissance d'évocation balzacienne dans Fièvre au Marais (1955), Les Eaux troubles de Javel (1957), Du rébecca rue des rosiers (1958) et, surtout, l'admirable Brouillard au pont de Tolbiac (1956), qui constitue un adieu déchirant à sa jeunesse libertaire.

Revenu de ses illusions révolutionnaires sans pour autant renier ses engagements passés, Léo Malet a sans doute livré la clef de son évolution personnelle dans ces trois chefs-d'œuvre inclassable que sont La vie est dégueulasse (1948), Le soleil n'est pas pour nous (1949) et Sueur aux tripes (1969), une "trilogie noire" dont le premier volet est un tableau hallucinant de fanatisme idéologique, l'utopie anarchiste débouchant sur un nihilisme sanglant, constituant, de ce fait, une véritable préfiguration du terrorisme des années 70 et 80.

Léo Malet a vu pusieurs de ses ouvrages portés à l'écran : 120, rue de la Gare (1946), avec René Dary et Sophie Desmarets, Enigme aux Folies-Bergére (1959), avec Frank Villard et Bella Darvi, La Nuit de Saint-Germain-des-Prés (1977), avec Michel Galabru, et Nestor Burma détective de choc  (1982), avec Michel Serrault et Jane Birkin.